Il paraît que le capitalisme est un mode de production. Le règne du capital productif : il faut produire plus de richesse qu'on en a investi dans la production. Quand on évoque ce concept on pense tout de suite aux gros dollars et autres euros, et aux voleurs. Notre habitude de pensée nous envoie à la face ce cliché, pourtant ces règles d'accroissement des valeurs sont valables pour bien d'autres sujets.
Tout d'abord, il faut comprendre ce qu'on appelle valeur. Dialectiquement ça s'oppose à la notion philosophique de nature. On ne considère pas les qualités mais seulement les quantités, que l'on veut faire croître. En informatique on appelle ça les données, qu'on oppose respectivement aux types qui indiquent la nature des données. La valeur est donc mathématiquement parlant comparable à
: un ensemble continu de nombres qu'on peut comparer, additionner, soustraire. Ce nombre n'a aucun sens physique si on y accole pas une unité qui le qualifiera : mètres pour les distances, secondes pour le temps, litres pour les volumes, grammes pour les poids, watts pour l'énergie, et ainsi de suite, sans compter toutes sortes de combinaisons magiques : mètres par seconde, watt heure...
Mais l'économie ne se satisfait pas d'unités aussi abstraites : on ne veut pas économiser les mètres ou les kilos, on veut économiser les mètres de fil électrique, et surtout les litres de pétrole. De manière générale on veut économiser les matières premières. Pourquoi ? Parce qu'elles sont limitées, et surtout parce que le but c'est de produire plus en consommant moins.
Ensuite l'économie n'est pas une allégorie. C'est beaucoup plus un art qu'une entité capable d'action. Les entités capables d'actions sont les humains et leur compréhension de cette science leur donne des moyens que les animaux et les pierres n'ont pas. Et encore, les pierres ont une force de gravité, qui est comparable à un mode capitaliste d'accroissement des valeurs de cette force. C'est ce qui a permi la formation des planètes et du soleil. Mais ce n'est pas l'économie qui a fait le soleil, l'économie c'est la science que les humains ont crée pour étudier les valeurs.
C'est donc nous qui avons construit cette science. L'avons-nous fait dans un but pur et désintéressé ? Heureusement que non ! Nous sommes tous intéressés par l'amélioration de nos conditions de vie. En ce sens une donation est un acte intéressé, en général par le bien-être des autres. Il n'y a pas d'acte volontaire désintéressé.
Ce qui prime sur tous nos actes est donc notre intérêt. C'est l'intérêt que l'on a pour quelque chose qui nous pousse à agir en sa faveur. Et pour agir au mieux en sa faveur il faut estimer au mieux ce qui est positif ou négatif pour elle. La valeur est donc la mesure subjective d'un intérêt, qui permet de déterminer si on s'éloigne ou qu'on s'approche de cet objectif. Il est alors évident que ceux qui vendent la décroissance sont partis sur une autre idée l'économie, à savoir celle de compter à l'envers =) Le but reste le même : atteindre ses objectifs en consommant le moins de ressources possibles, en récupérant au final encore plus qu'avant la possibilité d'atteindre les objectifs suivants.
Cela s'applique donc naturellement aux autres mesures de richesses que celle de la valeur d'échange en devises. Celui qui a beaucoup de temps libre peut investir son temps pour produire plus que celui qui doit se battre pour manger. Celui qui a beaucoup d'amis peut faire usage de ses relations pour en obtenir de nouvelles. Celui qui a un grand savoir a les moyens de produire une grande quantité de savoirs, bien plus que l'illettré, et ainsi de suite.
Pourtant avec toutes ces différences nous avons réussi un tour de force incroyable : nous arrivons à convertir du plomb en or. Il y a un cours des commodités et on évalue leur prix en fonction des échanges pratiqués par le marché ainsi on pourra toujours échanger 1€ de plomb contre 1€ d'or. Qui détermine alors la valeur de l'euro ? Il est censé être déterminé par le marché et sa capacité à l'échanger contre des produits qui auront une valeur concrète pour les acheteurs dans leur propre subjectivité, la vraie valeur pour eux. Si vous travaillez dans le nucléaire vous donnerez de la valeur au plomb, si vous êtes plutôt dans l'électronique de précision l'or aura beaucoup plus de valeur.
Les problèmes commencent quand on croit que la vraie valeur c'est l'euro et que les autres valeurs en dépendent. Cela n'a aucun sens de dire qu'un kilo de pain vaut plus ou moins qu'avant la crise. Un kilo de pain a la valeur d'un kilo de pain et si on a faim ça veut dire une grande valeur et si on est pas gourmand ça en a une petite. Par contre il sera échangé pour un nombre différent d'euros, et c'est un problème de taille quand le salaire reste le même en euros : la valeur du travail est donc affectée par ces liens de monnaie. La monnaie est donc un outil extrêmement puissant et dangereux, lui faire confiance aveuglément est parfois de la folie pure. Ce qui sera estimé à beaucoup d'euros par certains n'aura aucune valeur pour d'autres, et inversement. Une monnaie est en quelque sorte comparable à la subjectivité du groupe social utilisant cette monnaie.
Le clivage riche/pauvre est donc un abus de langage ne considérant qu'une seule de ces différentes richesses, couramment celle de la monnaie et donc de la société. L'ascèse d'une personne aura des airs de luxure pour d'autres et inversement. Par exemple quelqu'un profitant de tout son temps pour travailler verra son capital de savoir-faire augmenter, mais paraîtra d'une grande pauvreté sociale pour beaucoup, sauf ceux qui sont encore plus pauvres que lui, ou plus riches. La richesse n'est rien sans un sujet et sans but; elle n'est que la longueur du vecteur : il lui faut un point de départ et une direction. Sur un plan purement dialectique "pauvre" ou "riche" c'est quantitatif. Ça n'a aucun intérêt sans qualitatif : en argent, en temps, en savoir-faire sur tel domaine ou tel autre, reste à trouver les qualités adaptées au problème posé, ce qui nous amène alors sur le sujet de la sémantique.